Fluctuations hormonales chez la femme au cours de sa vie : un phénomène normal mais combien perturbant!
2011-10-07 | Condition particulière | Propriétés et actions des PSN et/ou des PVL
Dans une société où la performance est synonyme de succès, où l’image de la « Super Woman » est véhiculée partout, il n’est pas surprenant que vos patientes de tous âges ressentent le besoin de contrôler les symptômes reliés à leur cycle menstruel ou à leur ménopause. Mais quelle approche conseiller?
Le syndrome prémenstruel
On estime que 60 à 75% des femmes fécondes, jeunes femmes ou adultes, ressentent des symptômes physiques ou psychologiques durant leur période prémenstruelle, notamment une sensation de gonflement de l’abdomen, une sensibilité aux seins et une fatigue inhabituelle. (Burnett et coll 2005, Passeport Santé.net 2011) Or, ceux-ci auront tendance à s’amplifier avec l’âge, et de 20 à 30% des femmes seront aux prises avec des symptômes d’une sévérité suffisante pour nuire à leur fonctionnement quotidien.
Outre l’exercice physique quotidien et une alimentation équilibrée tout au long du cycle menstruel, les suppléments de calcium et de gattilier sont les ingrédients naturels les plus reconnus pour soulager le SPM (Freeman 2010).
L’usage du calcium pour le SPM provient de l’observation que les hormones ovariennes affectent le métabolisme du calcium, et donc qu’une carence en calcium pourrait déclencher ou aggraver un SPM (Thys-Jacobs 2000). Les études cliniques ont effectivement confirmé qu’une supplémentation en carbonate de calcium, entre 1 et 1,5 g par jour, pris quotidiennement sur une période de 3 mois, aide à réduire la sévérité du SPM (Ghanbari et coll 2009, Penland et Johnson 1993, Thys-Jacobs 1998). Toujours selon des données cliniques, cet effet serait d’une efficacité comparable à la dydrogestérone, un dérivé de la progestérone (Khajehei et coll, 2009).
Quant au gattilier (Vitex agnus-castus), son efficacité cliniquement démontrée porte sur le SPM général (Berger et coll 2000, Dante et Facchinetti 2011, He et coll 2009, Ma et coll 2010, Schellenberg 2001), particulièrement s’il est accompagné de mastalgie (Halaska et coll 1999, Kubista et coll 1987). Cette action est supportée par une petite étude clinique comparative entre le gattilier et la fluoxétine qui a soulevé une efficacité supérieure de la fluoxétine sur les symptômes psychologiques du SPM, tandis que le gattilier donnait davantage de résultats sur les symptômes physiques (Atmaca et coll 1993).
A noter, l’effet du gattilier, comme celui de calcium, se fait pleinement ressentir si le produit est consommé quotidiennement pendant 3 cycles menstruels consécutifs. L’efficacité n’a pas été démontrée pour un usage seulement lors des jours où se manifeste le SPM.
La préménopause
À l’approche de la ménopause, la diminution graduelle des taux d’estrogènes perturbe les menstruations, qui se rapprochent ou s’éloignent, diminuent ou augmentent en terme de flux menstruel, le SPM s'aggrave, bref, le cycle menstruel se dérègle et des symptômes de la ménopause peuvent se manifester sporadiquement.
Parmi les solutions naturelles aux premiers et encore peu fréquents symptômes de la ménopause, les isoflavones, aussi appelés phyto-estrogènes, sont les plus populaires. Cet usage repose sur l’affinité des isoflavones pour les récepteurs de l’estrogène endogène. Bien que cette affinité soit de 1 000 à 10 000 fois plus faible que celle de l’estrogène endogène, elle pourrait théoriquement compenser la baisse niveau d’estrogènes. Aucune étude clinique ne vient cependant appuyer cette théorie, les études chez les femmes en préménopause et les isoflavones étant surtout dirigées vers une augmentation potentielle de l'incidence des cancers hormono-dépendants dans le temps.
La ménopause
Une fois la ménopause installée, les bouffées de chaleur restent le désagrément dont les femmes se plaignent le plus. Encore une fois, les isoflavones trouvent leur utilité en compensant pour la perte en estrogène endogène et en allégeant donc ces symptômes. Toutefois, un effet placebo important est souvent observé dans les études cliniques portant sur les symptômes de la ménopause (Lethaby et coll 2007), ce qui rend difficile de chiffrer l’efficacité des isoflavones dans les méta-analyses, quoique qu’un effet positif semble en ressortir (Bolanos et coll 2010).
Le même dilemme s’applique aux études comparant l’actée à grappes noires au placebo. L’avantage de l’actée à grappes noires sur les isoflavones concerne l’absence d’activité hormonale. En effet, l’actée à grappes noires agirait sur les taux de sérotonine au cerveau pour réduire la fréquence des bouffées de chaleurs et des sueurs nocturnes. Cet ingrédient semble prometteur pour les symptômes de la ménopause comme les bouffées de chaleurs, les sueurs nocturnes l’anxiété et l’insomnie selon les méta-analyses (Mahady 2005, Shams et coll 2010), en plus de convenir aussi aux femmes ayant des antécédents de cancers hormono-dépendants.
Concernant la sécurité de l’actée à grappes noires, on ne peut passer sous silence les nombreux cas d’hépatotoxicité rapportés. Par contre, les deux plus récentes revues de littérature à ce sujet concluent que le lien de causalité entre l’hépatotoxicité et l’actée à grappes noires demeure improbable (Mahady et coll 2008, Teschke 2010). Par mesure de sécurité, Santé Canada recommande la prudence aux personnes souffrant déjà de troubles hépatiques.
La post-ménopause
Lorsque les symptômes de la ménopause ont disparu ou se sont fortement atténués, la femme s’est accoutumée à la quasi-absence d’estrogènes. Durant cette période, on visera donc la prévention des complications potentielles d’une absence d’estrogènes endogènes. A cet effet, les isoflavones sont encore d’intérêt : elles semblent contribuer à ralentir la perte de densité osseuse (Taku et coll 2010), particulièrement en combinaison aux suppléments de calcium et vitamine D. La prise doit alors être prolongée sur au moins 6 mois pour profiter de cette indication thérapeutique. Une étude réalisée à l’Université de Sherbrooke a aussi montré un effet protecteur des suppléments d’isoflavones de soya sur la santé cardiovasculaire des femmes en post-ménopause (Choquette et coll 2011), un bénéfice additionnel intéressant pour cette population plus à risque de maladies cardiovasculaires.
Isoflavones et cancers hormono-dépendants : que penser ?
La première observation notoire autour des isoflavones et des risques de cancers hormono-dépendants concernent les femmes asiatiques, dont la consommation d’isoflavones par le soya alimentaire tout au long de leur vie est associée à un risque plus faible pour ces types de cancer que ce qu'on observe dans nos pays occidentaux. Mais l’étude de la Women’s Health Initiative, qui a soulevé le risque pour l’hormonothérapie de remplacement, a jeté le même doute sur les isoflavones, étant donné leur mécanisme d’action similaire.
Une méta-analyse fait bien le tour de la question pour le cancer du sein : chez les femmes asiatiques, les isoflavones ont un effet protecteur, alors qu’aucun effet, protecteur ou inducteur, n’est observé pour les femmes occidentales (Dong et Qin 2011). Une autre méta-analyse a séparé les femmes pré-ménopausées des femmes post-ménopausées pour trouver une légère augmentation de la densité mammaire chez les femmes pré-ménopausées seulement, mais sans pouvoir conclure si cette augmentation est cliniquement importante ou non (Hopper et coll 2010).
Concernant les effets potentiels sur l’endomètre, une étude clinique de 12 mois et une autre de 2 ans chez les femmes en post-ménopause n’a révélé aucun changement liés aux suppléments d’isoflavones (D’Anna et coll 2009, Palacio et coll 2010). On retrouve la même conclusion pour les femmes en ménopause (Steinberg et coll 2011). Finalement, c’est aussi la conclusion d’une méta-analyse sur l’ensemble des effets adverse potentiels des isoflavones, qui conclue d’ailleurs que les seuls effets adverses notables sont de nature gastro-intestinale (Tempfer et coll 2009).
Il semble donc logique de contre-indiquer les isoflavones aux patients souffrant actuellement d’un cancer du sein, de tumeurs aux seins, ayant un historique familial de ces cancers ou une mammographie anormale, étant donné leur action agoniste sur les récepteurs à l’estrogène.
Dans les autres cas, la situation reste moins claire. La position adoptée par Santé Canada est de recommander à toute femme de tenir son dossier de mammographie à jour avant de commencer la prise d’isoflavones. Santé Canada recommande aussi une supervision du traitement aux isoflavones en cas d’antécédents de troubles hormonaux comme l’endométriose, des fibromes utérins ou un cancer de l’ovaire, sans toutefois le contre-indiquer complètement.
Un éventail de solutions santé efficaces vous est offert dans votre section des produits de santé naturels. Depuis la mise en place de mesures d’évaluation de la sécurité par Santé Canada, vous pouvez recommander ces produits sans inquiétude à vos patients. Toute mise en garde ou contre-indication connue apparaît désormais sur les étiquettes : vous êtes ainsi outillés pour guider vos patients dans cette belle section de notre pharmacopée collective moderne.
Adrien Gagnon est là pour vous. Pour toute question spécifique sur la gamme Santé Cœur ou l’une de nos 11 autres catégories de produits, n’hésitez pas à communiquer avec notre naturopathe au 1-800-781-7723, ou avec notre pharmacologue au 1-888-686-8888 poste 263.
Adrien Gagnon
Solutions Santé Efficaces
Références:
Atmaca, M, Kumru, S, Tezcan, E. Fluoxetine versus Vitex agnus castus extract in the treatment of premenstrual dysphoric disorder. Hum Psychopharmacol. 2003; 18(3): 191-5.
Berger, D, Schaffner, W, Schrader, E, Meier, B, Brattström, A. Efficacy of Vitex agnus castus L. extract Ze 440 in patients with pre-menstrual syndrome (PMS). Arch Gynecol Obstet. 2000; 264(3): 150-3.
Bolaños, R, Del Castillo, A, Francia, J. Soy isoflavones versus placebo in the treatment of climacteric vasomotor symptoms: systematic review and meta-analysis. Menopause. 2010; 17(3): 660-6.
Burnett, MA, Antao, V, Black, A et coll. Prevalence of primary dysmenorrhea in Canada. J Obstet Gynaecol Can.2005; 27(8): 765-770.
Choquette S, Riesco É, Cormier É et coll. Effects of soya isoflavones and exercise on body composition and clinical risk factors of cardiovascular diseases in overweight postmenopausal women: a 6-month double-blind controlled trial. Br J Nutr. 2011; 105(8): 1199-209.
D'Anna, R, Cannata, ML, Marini, H et coll. Effects of the phytoestrogen genistein on hot flushes, endometrium, and vaginal epithelium in postmenopausal women: a 2-year randomized, double-blind, placebo-controlled study. Menopause. 2009; 16(2): 301-6.
Dante, G, Facchinetti, F. Herbal treatments for alleviating premenstrual symptoms: a systematic review. J Psychosom Obstet Gynaecol. 2011; 32(1):42-51.
Dong, JY et Qin, LQ. Soy isoflavones consumption and risk of breast cancer incidence or recurrence: a meta-analysis of prospective studies. Breast Cancer Res Treat. 2011; 125(2): 315-23.
Freeman, EW. Therapeutic management of premenstrual syndrome. Expert Opin Pharmacother. 2010; 11(17): 2879-89.
Ghanbari, Z, Haghollahi, F, Shariat, M, Foroshani, AR, Ashrafi, M. Effects of calcium supplement therapy in women with premenstrual syndrome. TaiwanJ Obstet Gynecol. 2009; 48(2): 124-9.
Halaska, M, Beles, P, Gorkow, C, Sieder, C. Treatment of cyclical mastalgia with a solution containing a Vitex agnus castus extract: results of a placebo-controlled double-blind study. Breast. 1999; 8(4): 175-81.
He Z, Chen R, Zhou Y, Geng L, Zhang Z, Chen S, Yao Y, Lu J, Lin S.Treatment for premenstrual syndrome with Vitex agnus castus: A prospective, randomized, multi-center placebo controlled study in China. Maturitas. 2009; 63(1): 99-103.
Hooper, L, Madhavan, G, Tice, JA et coll. Effects of isoflavones on breast density in pre- and post-menopausal women: a systematic review and meta-analysis of randomized controlled trials. Hum Reprod Update. 2010; 16(6): 745-60.
Khajehei, M, Abdali, K, Parsanezhad, ME, Tabatabaee, HR. Effect of treatment with dydrogesterone or calcium plus vitamin D on the severity of premenstrual syndrome. Int J Gynaecol Obstet. 2009; 105(2): 158-61.
Kubista, E, Müller, G, Spona, J. Treatment of mastopathies with cyclic mastodynia. Clinical results and hormonal profiles. Rev Fr Gynecol Obstet. 1987; 82(4):221-7.
Lethaby AE, Brown J, Marjoribanks J et coll. Phytoestrogens for vasomotor menopausal symptoms. Cochrane Database Syst Rev. 2007; (4): CD001395.
Ma L, Lin S, Chen R, Zhang Y, Chen F, Wang X. Evaluating therapeutic effect in symptoms of moderate-to-severe premenstrual syndrome with Vitex agnus castus (BNO 1095) in Chinese women. Aust N Z J Obstet Gynaecol. 2010; 50(2): 189-93.
Mahady, GB. Black cohosh (Actaea/Cimicifuga racemosa): review of the clinical data for safety and efficacy in menopausal symptoms. Treat Endocrinol. 2005;4(3):177-84.
Mahady, GB, Low Dog, T, Barrett, ML et coll. United States Pharmacopeia review of the black cohosh case reports of hepatotoxicity. Menopause. 2008; 15(4 Pt 1): 628-38.
Palacios, S, Pornel, B, Bergeron, C et coll. Endometrial safety assessment of a specific and standardized soy extract according to international guidelines. Menopause. 2007; 14(6): 1006-11.
Passeport Santé.net: Fiche sur le Syndrome prémenstruel. Révision scientifique : Juin 2011. Accessible au : http://www.passeportsante.net/fr/Maux/Problemes/Fiche.aspx?doc=syndrome_premenstruel_pm
Penland, JG, Johnson, PE. Dietary calcium and manganese effects on menstrual cycle symptoms. Am J Obstet Gynecol. 1993; 168(5): 1417-23.
Schellenberg, R. Treatment for the premenstrual syndrome with agnus castus fruit extract: prospective, randomised, placebo controlled study. BMJ. 2001; 322(7279): 134-7.
Shams, T, Setia, MS, Hemmings, R et coll. Efficacy of black cohosh-containing preparations on menopausal symptoms: a meta-analysis. Altern Ther Health Med. 2010; 16(1): 36-44.
Steinberg, FM, Murray, MJ, Lewis, RD et coll. Clinical outcomes of a 2-y soy isoflavone supplementation in menopausal women. Am J Clin Nutr. 2011; 93(2): 356-67.
Taku, K, Melby, MK, Kurzer, MS et coll. Effects of soy isoflavone supplements on bone turnover markers in menopausal women: systematic review and meta-analysis of randomized controlled trials. Bone. 2010; 47(2): 413-23.
Tempfer, CB, Froese G, Heinze G et coll. Side effects of phytoestrogens: a meta-analysis of randomized trials. Am J Med. 2009; 122(10): 939-46.e9.
Teschke, R. Black cohosh and suspected hepatotoxicity: inconsistencies, confounding variables, and prospective use of a diagnostic causality algorithm. A critical review. Menopause. 2010; 17(2): 426-40.
Thys-Jacobs, S. Micronutrients and the premenstrual syndrome: the case for calcium. Am Coll Nutr. 2000; 19(2): 220-7.
Thys-Jacobs, S, Starkey, P, Bernstein,D, Tian, J. Calcium carbonate and the premenstrual syndrome: effects on premenstrual and menstrual symptoms. Premenstrual Syndrome Study Group.Am J Obstet Gynecol. 1998; 179(2): 444-52.
Lien URL  |