Les troubles alimentaires (TA): caractéristiques, causes et fonction adaptative
2011-05-30 | Pathologie chronique | Thérapeutique et prévention de pathologies
Les TA représentent un trouble de santé mentale complexe. Ils se divisent selon trois catégories : l’anorexie mentale, la boulimie et les troubles des conduites alimentaires non-spécifiés dont fait partie l’hyperphagie boulimique (APA, 2004). Les personnes aux prises avec un TA ont souvent une perception déformée de leur corps, sont insatisfaites de leur image corporelle et ont une faible estime d’elles-mêmes (APA, 2004). Elles ont recours à des méthodes non-saines pour perdre du poids et/ou pour compenser leurs crises alimentaires comme l’exercice excessif, la restriction alimentaire, les vomissements provoqués, les régimes drastiques, les produits amaigrissants, l’utilisation abusive de laxatifs et de produits diurétiques. Les personnes qui souffrent d’anorexie refusent de maintenir un poids minimal et nient souvent leur maigreur (APA, 2004). Les personnes qui souffrent de boulimie peuvent, quant à elles, afficher un poids normal, un sous-poids ou un surpoids, le poids n’est donc pas le principal référent pour dépister ce TA.
Plusieurs facteurs peuvent entrer en jeu dans le développement des TA. La littérature sur le sujet emploie différents termes pour faire référence à ces derniers, tels que facteurs prédisposants, facteurs de risque et facteurs de vulnérabilité. Ces facteurs peuvent être d’ordre social, familial, individuel, psychologique et biologique (Jacobi et coll. 2004). Parmi les facteurs dits «fixes» se retrouvent le genre, l’origine culturelle et l’âge. Bien que les hommes puissent expérimenter un TA, les femmes restent les principales personnes susceptibles de développer cette maladie au cours de leur existence. Le ratio femmes/hommes généralement rapporté par les études est de 10 :1 en ce qui a trait à l’anorexie et la boulimie et de 2.5 :1 en ce qui concerne l’hyperphagie (Jacobi et coll. 2004). La période la plus vulnérable à l’apparition d’un TA se trouve être la tranche d’âge de 14-25 ans (NEDIC, 2003 a). Certaines caractéristiques personnelles dont les préoccupations en lien avec le poids, l’insatisfaction au niveau de l’image corporelle, une faible estime de soi et un sentiment d’inefficacité élevé combinées à d’autres facteurs jouent aussi un rôle dans la propension à souffrir d’un TA (Jacobi et coll. 2004).
Le fait d’avoir été victime d’une agression sexuelle (AS) à l’enfance ou d’avoir été victime de négligence ou de maltraitance ainsi que les évènements de vie stressants sont également des facteurs de risque liés aux TA (Jacobi et coll. 2004). Une étude longitudinale, effectuée en 2008, auprès d’un échantillon final de 999 femmes, par Sanci et ses collègues, rapportent un taux plus élevé de boulimie au cours de l’adolescence chez les participantes qui ont vécu un épisode ou plus d’AS à l’enfance (Sanci et coll. 2008).
Les médias, par les messages qu’ils véhiculent concernant le poids et l’apparence, contribuent eux aussi à la maladie. Les publicités, les revues, la télévision et l’Internet présentent constamment des images de gens très minces. Les médias imposent une norme, un idéal de beauté, en offrant l’illusion à son auditoire que la minceur est garante de santé, bonheur, succès et volonté (Guitté et coll. 2008; Herbozo et coll. 2004). Ils peuvent avoir un impact sur la perception qu’a une personne de son corps et peuvent engendrer le désir de le modifier (McCabe et coll. 2002; Ricciardelli et coll. 2000). Ils risquent également d’avoir une influence sur les méthodes choisies pour y parvenir (ex. valorisation des produits et services amaigrissants dans les publicités) (Ricciardelli et coll. 2000; Utter et coll. 2003). L’intériorisation des messages qu’envoient les médias peut se refléter dans le discours de la population au sujet du corps et de l’alimentation (Haworth-Hopner, 2000). Certaines obsessions ou certains comportements problématiques vis-à-vis la nourriture et le corps peuvent notamment être alimentés par les commentaires émis par la famille et les amis au sujet de l’apparence et du poids, l’importance qu’ils accordent à ces thèmes dans leurs conversations, et les conduites qu’ils adoptent vis-à-vis leur propre alimentation (Haworth-Hoeppner, 2000; Lieberman et coll. 2001; Paxton et coll. 1999).
Les TA remplissent une fonction dans la vie de la personne qui en souffre. Ils peuvent, par exemple, aider à gérer certaines émotions ou situations difficiles, exprimer un besoin de reconnaissance et de soutien (NEDIC, 2003b), obtenir un sentiment de contrôle sur son environnement et sur sa vie (Haworth-Hoeppner, 2000; NEDIC, 2003b). Les personnes aux prises avec cette maladie ont besoin d’une aide spécialisée, afin d’exprimer les besoins refoulés et de trouver des stratégies d’adaptation positives qui les aideront à composer avec les situations et émotions difficiles.
Votre pouvoir en tant que professionnel de la santé
À titre de pharmacien vous risquez d’être témoin de l’achat de produits amaigrissants, de laxatifs ou diurétiques par les gens aux prises avec un TA. Si vous soupçonnez la présence de ce trouble, agirez-vous? Quel pourrait être votre rôle? Questionneriez-vous la personne, la référeriez-vous? Une personne présentant un sous-poids vous demande des informations concernant les produits amaigrissants et souhaite s’en procurer que lui direz-vous? Vous apercevez un mineur se procurer l’un de ces produits, interviendriez-vous?
Quelques pistes :
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Questionnez la personne sur ses motivations à employer l’un de ces produits;
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La renseignez au sujet des effets possibles, contre-indications, etc.
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Démystifier certaines croyances erronées, s’il y a lieu.
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Si elle vous parle d’apparence, de poids, ne pas développer sur le sujet, éviter de nourrir ses obsessions;
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Si vous soupçonnez la présence d’un TA, lui parler des ressources disponibles et lui donner des documents sur le sujet.
Pour obtenir de l’information supplémentaire sur le sujet, des cartes ou des dépliants, vous pouvez appeler à Anorexie et Boulimie Québec (ANEB) au 1-800-630-0907 (sans frais) /514-630-0907. ANEB offre différents services aux personnes atteintes d’un TA et à leurs proches, notamment une ligne d’écoute, des séances de clavardage et des groupes de soutien. L’organisme travaille aussi à sensibiliser la population à la problématique via ces activités préventives et éducatives.
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Mélanie Guénette-Robert, sexologue M.A recherche-intervention
Intervenante/éducatrice ANEB Québec
m.guenetteaneb@gmail.com
Références :
American Psychiatric Association (APA). 2004. Mini DSM-IV-TR : Critères diagnostiques. Paris : Masson, 348 p.
Guitté, H. Lavallée, M., & Fuentes Ponces, A. (2008). Le poids de la culture allégée au temps de la lipophobie ou la beauté comme un corset symbolique : le cas du Mexique. Recherches féministes, 21(2), 29-55.
Haworth-Hoeppner, S. (2000). The critical shapes of body image: the role of culture and family in the production of eating disorders. Journal of Marriage and Family, 62(1), 212-227.
Herbozo, S., Tantleff-Dunn, S., Gokee-Larose, J. (2004). Beauty and thinness messages in children's media: a content analysis. Eating Disorders, 12(1), 21-34.
Jacobi, C., Zwaan, M., Hayward, C., Kraemer H.C. & Stewart Agras,W. (2004). Coming to terms with risk factors for eating disorders: application of risk and terminology and suggestions for general taxonomy. Psychological Bulletin, 130(1), 19-65.
Lieberman, M., Gauvin, L., Bukowski, W., & White, D. R. (2001). Interpersonal influence and disordered eating behaviors in adolescent girls: The role of peer modeling, social reinforcement and body related teasing. Eating Behaviors, 2, 215–236.
McCabe, M.P., Ricciardelli, L.A., & Finemore, J. (2002). The role of puberty, media and popularity with peers on strategies to increase weight, decrease weight and increase muscle tone among adolescent boys and girls. Journal of Psychosomatic Research, 52(3), 145-153.
Nedic (National Eating Disorders Information Center). (2003 a). Les troubles de l’alimentation: Survol. 95 p.
Nedic. (2003 b). Introduction sur les troubles de l’alimentation et les problèmes de poids : Information sur l’anorexie, la boulimie et la préoccupation à l’égard du poids. 40p.
Paxton, S. J., Schutz, H. K., Wertheim, E. H., & Muir, S. L. (1999). Friendship clique and peer influences on body image concerns, dietary restraint, extreme weight-loss behaviors, and binge eating in adolescent girls. Journal of Abnormal Psychology, 108, 255–266.
Rapport des activités 2008-2009. (2009). ANEB Québec, 25p.
Ricciardelli, L.A., McCabe, M.P., & Banfield, S. (2000). Body image and body change methods in adolescent boys: Role of parents, friends and the media. Journal of Psychomatic Research, 49, 189-197.
Sanci, L., Coffey, C., Olsson, C., Reid, S., Carlin, J.B., & Patton, G. (2008). Childhood sexual abuse and eating disorders in females: findings from the victorian adolescent health cohort study, Archives of paediatrics & adolescent medicine, 162 (3), 261-267.
Utter, J., Neumark-Sztainer, D., Wall, M., & Story, M. (2003). Reading magazine articles about dieting and associated weight control behaviors among adolescents. Journal of Adolescent Health, 32, 78-82.
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